Contact Contact

Pixel de suivi d'ouverture : comment se mettre en conformité CNIL sur Klaviyo

Si vous envoyez des newsletters depuis la France et que vous n'avez rien fait avant le 14 juillet 2026, vous êtes en situation de non-conformité depuis cette date. Ce n'est pas dramatique, mais ça se rattrape, et mieux vaut le faire maintenant que sous contrôle.

Le sujet : la délibération n° 2026-042 du 12 mars 2026 place les pixels d'ouverture dans la catégorie des traceurs au sens de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, la transposition française de la directive ePrivacy. En clair, le petit pixel invisible qui vous dit qui a ouvert votre email est désormais traité exactement comme un cookie. Il demande un consentement préalable.

Ce guide reprend pas à pas la configuration côté Klaviyo, parce que c'est là que ça coince : Klaviyo ne propose aucune solution native pour recueillir ce consentement. Il faut le construire soi-même. La méthode ci-dessous est celle qu'on applique, avec les captures de chaque étape.

Note : cet article décrit une méthode de mise en conformité technique. Il ne constitue pas un conseil juridique, et pour les situations complexes on vous recommande de valider votre approche avec votre DPO ou un avocat spécialisé.

On a filmé l'intégralité du paramétrage. Si vous préférez suivre la manipulation en vidéo, tout est là, et le guide écrit qui suit reprend les mêmes étapes avec les précisions réglementaires en plus.

Ce que la recommandation CNIL change concrètement

Trois choses à retenir avant de toucher à quoi que ce soit.

Le consentement est le principe. Il est requis pour la mesure individuelle des ouvertures, le ciblage, le profilage et la détection de fraude. Si vous utilisez le taux d'ouverture pour segmenter, pour déclencher des scénarios d'automation ou pour piloter vos campagnes, vous êtes dans le champ.

Vous êtes responsable, pas votre outil. Même si Klaviyo, Brevo ou un autre outil pose le pixel, l'expéditeur reste responsable de traitement. Attendre que votre ESP règle le problème n'est pas une stratégie.

Recevoir un email ne vaut pas consentement au suivi. Les deux consentements sont distincts. C'est le point que la plupart des marques ratent, et on y revient en détail plus bas parce que c'est celui qui peut coûter cher en contrôle.

Il existe des exemptions, mais elles sont étroites :

  • La sécurité et l'authentification
  • La délivrabilité sur les communications transactionnelles ou expressément demandées
  • La gestion des inactifs, où seule la date de dernière ouverture, à la journée, peut être conservée

Autrement dit, nettoyer sa base des contacts inactifs reste possible sans consentement. Piloter ses campagnes au taux d'ouverture, non.

Le B2B n'est pas épargné. Le régime du pixel est indépendant de celui de l'email, donc même une prospection fondée sur l'intérêt légitime doit traiter la question séparément.

Où vous en êtes aujourd'hui, selon votre situation

Le calendrier réglementaire crée trois catégories de contacts, et elles n'appellent pas le même traitement.

Les contacts collectés avant le 14 avril 2026. Vous devez les informer de l'utilisation de pixels de suivi et leur permettre de désactiver facilement ce tracking via un lien dédié. Il n'est pas nécessaire de recueillir un nouveau consentement explicite, mais toute opposition doit être prise en compte immédiatement. C'est la fameuse absence d'opt-in rétroactif, et c'est la meilleure nouvelle du texte.

Les contacts collectés entre le 14 avril et la mise à jour de vos formulaires. Ces contacts auraient dû pouvoir consentir au tracking dès leur inscription. À défaut, il est recommandé de leur envoyer un email sans pixel afin de recueillir leur consentement explicite avant toute utilisation de pixels soumis au consentement.

Les contacts qui n'ont pas été informés dans les délais. C'est là que le retard se paie. La CNIL traite le silence comme un refus pour les contacts non-notifiés après la date limite. Concrètement, si vous n'avez envoyé aucun email d'information, vous ne pouvez plus considérer que le tracking est licite sur ces profils.

La méthode qui suit vous met en conformité dans tous les cas, parce qu'elle recueille un consentement explicite plutôt que de se limiter au minimum de l'information et de l'opposition. C'est plus exigeant que ce que demande strictement la CNIL pour les anciennes bases, et c'est volontaire : ça vous met à l'abri et ça vous donne une donnée propre et exploitable.

Bonne nouvelle au passage : la CNIL n'impose pas de supprimer les historiques d'ouverture déjà collectés. Seuls les traitements futurs doivent être conformes.

Étape 1 : envoyer l'email d'information avec un lien unique par personne

La CNIL exige que la personne puisse exprimer son choix sans avoir à ressaisir son adresse email. Un formulaire générique où le destinataire doit retaper son adresse ne répond pas à l'exigence, parce que rien ne garantit le lien entre le clic et le profil. Il faut donc un lien unique par abonné.

Klaviyo permet ça nativement avec la balise {% manage_preferences_link %}, qui génère dynamiquement l'URL de la page de préférences rattachée au profil du destinataire. Sur un bouton, ça donne :

<a href="{% manage_preferences_link %}">Gérer mes préférences</a>

Cette balise ne fonctionne qu'à l'intérieur d'un email envoyé depuis Klaviyo. Utilisée ailleurs, elle s'affichera comme une chaîne de caractères brute ou un lien cassé.

Si vous préférez un lien texte plutôt qu'un bouton, la balise {% manage_preferences %} fait le travail, et {% manage_preferences 'cliquez ici' %} permet de personnaliser le libellé affiché.

Le contenu de l'email doit expliquer trois choses, sans jargon :

  • Que vos emails contiennent un pixel de suivi d'ouverture
  • À quoi vous l'utilisez concrètement
  • Que la personne peut accepter ou refuser, librement

Conservez une preuve de cet envoi : date, contenu, liste des destinataires. En cas de contrôle, vous devrez démontrer que l'information a bien été transmise.

Étape 2 : configurer votre page de préférences Klaviyo

La page de préférences est celle vers laquelle pointe le lien unique. Elle se trouve dans Settings > Other > Consent pages, où vous retrouvez l'ensemble de vos pages de consentement.

Ajoutez-y un texte qui reprend l'explication de l'email : ce qu'est le pixel de suivi, l'usage que vous en faites, et la possibilité d'accepter ou de refuser. Le lecteur ne doit pas avoir à se souvenir du contenu de l'email pour comprendre ce qu'il valide.

Un point juridique à intégrer dans la conception : l'absence de réponse vaut refus. Même si votre formulaire ne propose pas explicitement de bouton « non merci », un profil qui ne remplit rien n'a pas consenti, et vous ne pouvez pas exploiter ses données de suivi.

Étape 3 : créer la propriété personnalisée dans Klaviyo

Klaviyo n'ayant rien de natif pour ce consentement, il faut le stocker dans une propriété personnalisée sur le profil.

Dans les propriétés du profil, créez une propriété si elle n'existe pas encore, puis définissez ses valeurs possibles (oui / non, ou le libellé de votre choix).

Le nommage compte plus qu'il n'y paraît. Une propriété appelée suivi_pixel est ambiguë : de quel pixel parle-t-on, suivi de quoi ? En cas de contrôle CNIL, une propriété explicite démontre votre bonne foi et la clarté de votre traitement. Préférez quelque chose comme tracking_pixel_ouverture_consentement. C'est plus long, c'est beaucoup plus défendable.

Une particularité de Klaviyo à connaître, sinon vous allez tourner en rond : tant qu'aucun profil ne porte la propriété, elle n'apparaît nulle part dans l'interface. Il faut donc une première soumission du formulaire pour qu'elle devienne sélectionnable ailleurs. L'astuce classique consiste à s'ajouter soi-même comme profil de test, à s'envoyer la campagne, et à remplir le formulaire une première fois.

Étape 4 : ajouter le recueil dans tous vos formulaires d'inscription

C'est l'étape que tout le monde oublie, et c'est celle qui rend le dispositif durable.

Informer votre base existante règle le passé. Mais chaque nouvel inscrit qui arrive par un formulaire sans case de consentement au pixel recrée le problème, un contact à la fois.

Une fois la propriété créée et alimentée par au moins un profil, elle remonte directement dans les propriétés disponibles de vos formulaires Klaviyo. Vous n'avez plus qu'à la sélectionner et à définir les valeurs affichées.

Et le point à ne surtout pas rater :

Le consentement au pixel ne peut pas être fusionné avec le consentement à la newsletter.

Ce sont deux consentements juridiquement distincts. Une case unique du type « j'accepte de recevoir la newsletter et le suivi des ouvertures » ne remplit pas le critère d'un consentement libre et spécifique. S'abonner à une newsletter n'oblige personne à accepter d'être tracké. Il faut deux cases séparées, et le refus de la seconde ne doit pas empêcher l'inscription.

À noter également que Shopify ne propose pas non plus de recueil natif de ce consentement sur ses formulaires. Si vous collectez des adresses depuis votre boutique, la case doit être ajoutée manuellement.

Ce que ça change pour votre pilotage

Une conséquence pratique mérite d'être anticipée : votre taux d'ouverture devient un indicateur partiel, calculé sur la seule fraction consentante de votre base.

Le taux de clic devient mécaniquement le premier signal d'engagement actionnable, parce qu'un clic suppose une action délibérée. Si vos scénarios d'automation se déclenchent sur des conditions d'ouverture, ils vont perdre en couverture. C'est le moment de les auditer et de basculer les plus critiques sur des déclencheurs de clic ou de comportement on-site.

Sur ce point précis, notre équipe accompagne régulièrement des marques dans la refonte de leurs flows Klaviyo pour réduire la dépendance à l'ouverture. Si vous voulez qu'on regarde votre configuration actuelle, parlons de votre projet.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un pixel de suivi d'ouverture ?

C'est une image transparente d'un pixel, insérée dans le corps d'un email. Quand le destinataire ouvre le message, son client mail charge cette image depuis un serveur, ce qui enregistre l'événement avec la date, l'appareil et parfois la localisation. C'est le mécanisme derrière tous vos taux d'ouverture.

La CNIL oblige-t-elle à supprimer le pixel de suivi ?

Non. Le pixel n'est pas interdit, il est encadré. Vous pouvez continuer à l'utiliser sur les contacts qui ont consenti, et dans les cas d'exemption prévus, notamment la mesure de délivrabilité sur les emails transactionnels et la gestion des contacts inactifs.

Que se passe-t-il si on n'obtient pas le consentement ?

Vous ne pouvez plus exploiter les données de suivi d'ouverture de ces profils pour vos usages marketing : segmentation, ciblage, déclenchement de scénarios. Les historiques déjà collectés n'ont pas à être supprimés, mais les traitements futurs doivent respecter le refus.

Faut-il refaire un opt-in complet sur toute la base existante ?

Non, et c'est l'apport principal de la recommandation. Pour les contacts collectés avant le 14 avril 2026, une information claire assortie d'une possibilité d'opposition simple suffit. Le consentement explicite s'impose pour les nouvelles collectes.

La prospection B2B est-elle concernée ?

Oui. Le régime applicable au pixel est indépendant de celui qui encadre l'envoi de l'email lui-même. Même une prospection B2B fondée sur l'intérêt légitime doit traiter le consentement au pixel séparément.

Klaviyo propose-t-il une fonctionnalité native pour ce consentement ?

Pas à ce jour. Le recueil doit être construit manuellement via une propriété personnalisée, une page de préférences et la mise à jour de vos formulaires, comme détaillé dans ce guide.

Passez à la vitesse supérieure pour votre shop

Nous contacter