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Épisode 38 · Le Shop des Titans

Comment AUGMENTER ses ventes sur le long terme avec la FIDÉLITÉ ? (avec Joseph de Loyoly)

1:07:14 Avec Joseph Aubry, Cofondateur de Loyoly

Résumé, 10 secondes

Les chiffres qu'on ne trouve nulle part : 5 à 20 % de contribution au chiffre d'affaires, 1 à 6 % de nouveaux clients par le parrainage, 21 % des clients qui vont au-delà de l'achat. Plus la méthode pour calibrer ses paliers VIP sur ses propres cohortes de réachat — et pourquoi le dernier palier doit être déficitaire.
Publié le 22 avril 2025

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L'invité

Joseph Aubry

Cofondateur de Loyoly

Loyoly est une solution de fidélisation et d'engagement pour le commerce en ligne et en point de vente, qui valorise plus de quarante mécaniques — achats, avis, stories, contenus clients, formulaires. Lancée en 2021 sous le nom Wiink autour des programmes d'ambassadeurs, elle a pivoté vers la fidélisation au sens large et accompagne aujourd'hui plus de 350 marques.

Un épisode dense en chiffres — de ceux qu'on ne trouve nulle part et qui permettent de savoir ce qu'on peut raisonnablement attendre d'un programme de fidélité. Joseph, cofondateur de Loyoly, répond sans arrondir.

L'origine : une année en Australie

Serveur en restaurant pendant une année de césure, il remarque deux choses en même temps. Comme consommateur, il choisit où aller grâce à Instagram et aux avis en ligne. Comme serveur, il voit des clients publier des stories et déposer des avis.

L'idée de départ tient en une phrase : récompenser ceux qui publient. Une story contre un verre offert — le client revient, et la marque gagne de la preuve sociale.

Le projet a d'abord porté sur les programmes d'ambassadeurs, avant de pivoter vers la fidélisation au sens large : combiner le transactionnel — les achats, leur fréquence, leur montant — avec cette logique d'engagement.

Ce qu'on peut attendre, en chiffres

C'est la partie la plus utile de l'épisode, et elle mérite d'être lue avant d'engager quoi que ce soit.

La contribution d'un programme de fidélité au chiffre d'affaires : entre 5 et 20 %. Une fourchette large, parce qu'elle dépend de la marge brute, du volume, du taux de clients récurrents — et du modèle : une gamme large, des produits consommables qu'on rachète souvent, des prix accessibles.

S'y ajoutent des facteurs techniques qui pèsent lourd : êtes-vous présent sur le tunnel de paiement, sur les fiches produits, sur la page de remerciement, dans le compte client, sur une page dédiée ?

Le parrainage — la question la plus posée aux agences :

  • 1 % de vos nouveaux clients au minimum viendront du parrainage, jusqu'à 5 ou 6 % dans les cas très performants. Loin des 30 % qu'on imagine parfois.
  • Mais deux effets indirects comptent autant : un client parrainé est trois à quatre fois plus fidèle que les autres, et le parrain utilise sa propre récompense — donc génère du chiffre à son tour.

L'utilisation réelle des points, qui répond à une objection fréquente :

  • 100 % des clients en gagnent, souvent sans le savoir.
  • 21 % font des actions au-delà de l'achat — s'abonner, donner un avis, s'inscrire.
  • Et 5 à 35 % utilisent effectivement leurs points selon les marques.

Le retour sur investissement, avec la distinction qui manque d'ordinaire : rapporté au chiffre d'affaires généré, on est sur 50 à 100 fois le coût de la solution. Une fois le coût des récompenses déduit et la marge prise en compte, on reste autour de 20 à 40 fois. L'écart est faible parce que le coût des récompenses s'amortit bien.

Enfin, un chiffre qui pose l'enjeu à l'envers : 27 % des consommateurs sont prêts à rompre avec une marque s'ils estiment que leur fidélité n'est pas suffisamment récompensée.

Les paliers VIP, et surtout comment les calibrer

Leur premier effet est psychologique : appartenance, reconnaissance, sentiment d'être valorisé à sa juste valeur. Les jeunes générations y sont particulièrement sensibles — ne pas être un e-mail dans une liste, tout en faisant partie de quelque chose de plus grand. Ce lien émotionnel induit la fidélité.

Mais c'est la méthode de calibrage qui vaut le détour. L'erreur courante consiste à regarder le site d'un concurrent et à recopier ses seuils — 50 € le premier palier, 100 € le second. Vous n'avez ni la même marge, ni le même panier moyen, ni les mêmes comportements d'achat.

La méthode décrite :

  1. Exporter les données sur un an, en ne gardant que les clients ayant plus d'un an d'ancienneté.
  2. Observer les cohortes de réachat sur cet échantillon.
  3. Appliquer un repère : le palier le plus haut doit représenter environ 5 à 10 % de votre meilleur revenu.
  4. On connaît alors, pour chaque palier, le nombre de personnes, la valeur client minimale d'entrée et le panier moyen.
  5. En appliquant les taux d'engagement observés, on estime combien de récompenses seront utilisées, ce qu'elles coûtent, et ce que le palier rapporte — donc un profit net palier par palier.

Le résultat typique surprend : le dernier palier est déficitaire. C'est normal — offrir une expérience ou un événement ne déclenche pas de dépense immédiate, même si la satisfaction produit ses effets plus tard. Les paliers intermédiaires, eux, sont profitables et compensent largement. On peut donc choisir d'être généreux au sommet en connaissance de cause.

Ce travail sert aussi à une chose très concrète : savoir combien provisionner au titre des récompenses.

Et pour les marques premium ?

L'objection est légitime et fréquente : pas question de multiplier les remises, cela dégraderait la marque.

La réponse tient en deux points. Ce que ces marques refusent, c'est le système de points — pas la reconnaissance. Il est donc possible de bâtir des paliers VIP fondés uniquement sur le montant dépensé, avec des seuils d'entrée à 1 000, 2 000 ou 5 000 €, et des récompenses qui ne sont jamais des réductions : produits offerts, événements exclusifs, accès en avant-première à une collection, visite des ateliers de confection, possibilité de reverser à une association.

Deux marques haut de gamme accompagnées fonctionnent exactement ainsi. Et l'argument de fond est que ce format est devenu un standard : les consommateurs l'attendent.

Bénéfice annexe, souvent négligé : cela donne une bonne raison d'écrire à son client. Pas « on a sorti un produit, achète », mais « votre palier vous ouvre un accès en avant-première ».

Les contenus clients, sans y passer ses journées

Sans outil dédié, la collecte est pénible : vous pouvez demander des photos par e-mail, mais les centraliser et les gérer devient vite ingérable.

Avec un outil, le mécanisme est automatisé : on crée une mission, l'utilisateur renseigne son compte, le système vérifie que c'est bien lui, que la marque est mentionnée et le mot-dièse présent, puis remonte la story avec ses vues, le nombre d'abonnés de l'auteur et son taux d'engagement. La marque valide ou non, et les points sont attribués. Pour une vidéo, il suffit de la déposer.

Sur les droits : la marque peut les demander explicitement — mention légale, case à cocher — ce qui l'autorise ensuite à réutiliser le contenu, notamment en publicité. Il est possible de donner des consignes de tournage sans perdre l'authenticité.

Une astuce applicable sans aucun outil : demandez à vos clients de répondre à une question précise — « selon vous, quels sont les deux bénéfices de tel produit ? ». Vous récoltez des dizaines de témoignages qu'il suffit de compiler.

Rappeler les points dans le parcours

Sur la fiche produit d'abord, pour poser l'enjeu tôt. Puis dans le panier et au tunnel, où l'on indique combien de points la commande rapportera — ce qui améliore mécaniquement la conversion.

Mais le plus important est ailleurs : pouvoir échanger ses points directement au moment de payer. Beaucoup de clients accumulent des points sans même savoir qu'ils sont inscrits au programme. Placés au tunnel, ils ne peuvent pas passer à côté — sans avoir à retourner dans leurs e-mails ou dans leur compte.

Les opérations à points doublés

Capitalisez sur les temps forts, en les choisissant avec parcimonie : Black Friday, Saint-Valentin, fêtes. Et sur les lancements — points doublés sur un nouveau produit, et doublés aussi sur les avis le concernant.

L'expiration des points : indispensable

Le mot est employé tel quel. Deux raisons.

Le risque financier d'abord : sur une marque à 15 ou 20 M€ de chiffre d'affaires, des centaines de milliers de clients détenant des points qui n'expirent jamais représentent un engagement réel. Si tout le monde les utilise le même mois, les surprises sont désagréables.

L'incitation ensuite : un e-mail vingt-quatre heures avant expiration déclenche très efficacement l'utilisation. Le même principe vaut pour une récompense débloquée mais jamais utilisée — rappelez la date limite du code.

La plus grosse erreur de rétention

Elle n'a rien à voir avec les points : c'est le service après-vente. Selon leur étude, l'absence d'un support réactif et d'un retour produit simple figure parmi les premiers facteurs de rupture de fidélité.

D'où une idée qui relie les deux sujets : faire du support prioritaire un avantage de palier VIP. Vos meilleurs clients partent notamment à cause du support — donnez-leur le meilleur.

Deux marques à forte rétention, et pourquoi

La première tient à sa communauté, portée par sa fondatrice, qui se filme encore beaucoup et dont les stories fonctionnent remarquablement. On s'attache à une personne autant qu'à une marque, et les deux se mêlent. L'ouverture de salons ajoute une dimension : les clients de la première heure éprouvent une forme de fierté à avoir été là au début.

La seconde est affinitaire — des vêtements dans des tailles peu servies ailleurs. Le client sent que le site est fait pour lui, et ne va pas regarder ailleurs. La rétention est structurelle avant d'être travaillée.

En ligne et en boutique

Question posée franchement, réponse tout aussi franche : pas de statistique consolidée, la société est jeune. Mais une observation — les clients dont le programme est connecté à une caisse Shopify obtiennent des résultats 50 à 200 % meilleurs que les autres. Corrélation plutôt que causalité, la présence physique jouant elle-même. Dans tous les cas, jamais négatif.

Un chiffre à part, sur les diagnostics en ligne

Mesuré chez plusieurs marques : une personne passée par un diagnostic convertit 4 à 10 fois plus qu'une personne qui ne l'a pas fait. D'où l'intérêt d'y attacher des points de fidélité — vous obtenez plus de réponses, et une incitation supplémentaire à commander dans la foulée.

Le même mécanisme fonctionne en après-vente : sonder ses clients sur ce qu'ils cherchaient à résoudre, en échange de points, remonte beaucoup plus de réponses.

Côté mise en œuvre

Compter d'une semaine à un mois selon la taille du projet. L'essentiel du travail est en amont — export des données, recommandations, construction des paliers — l'implémentation technique se résumant à connecter les outils.

La partie entrepreneuriale

Le changement de nom a compté. Le nom d'origine ne reflétait pas ce qu'ils faisaient, et le nom de domaine était impraticable. Le rebranding a été perçu comme une nouveauté, alors qu'il capitalisait sur un an d'itérations — repartir sur une bonne base, mais pas de zéro.

Le déclic de traction : le focus. Un type de client — un segment précis de marchands sur une seule plateforme — et un canal d'acquisition unique : la prospection commerciale à l'ancienne, par e-mail, en volume. Ensuite seulement : capitaliser sur les cas d'usage, puis diversifier les canaux. Côté produit, le même focus permettait d'écouter cette typologie de clients et de développer les bonnes intégrations.

Le pire moment : le pivot, en pleine levée de fonds, avec des désistements d'investisseurs. À la clôture, il restait 500 € sur le compte de la société et les salaires n'étaient pas payés — les fonds arrivaient au même moment.

Le meilleur : moins un événement qu'un basculement. Les premières recrues, le premier gros contrat — et surtout le moment où l'on cesse de se réveiller en se demandant s'il va falloir mettre la clé sous la porte. Le seuil cité : le premier million de revenu récurrent.

Trois raisons du succès ? L'équipe, d'abord et sans hésitation. Puis une règle tirée d'un livre de référence sur les startups : 50 % du temps sur le produit, 50 % sur la vente. Chez eux, la répartition s'est faite naturellement entre cofondateurs — l'un sur le commerce, l'un sur le produit, l'un sur la technique.

Et les deux moitiés se nourrissent : les prospects réclament des fonctionnalités qui débloquent des ventes, les clients existants en demandent d'autres qui les gardent. Investir autant dans l'un que dans l'autre n'est pas un équilibre de façade, c'est une boucle.