Ignorer et passer au contenu

Épisode 48 · Le Shop des Titans

Niveau expert : le process design ULTIME !

17:18 Avec Killian Le Bras et Jean-Julien Bernard, Designers chez Moon Moon et cofondateurs de superserif

Résumé, 10 secondes

La phase qui précède la maquette : un questionnaire envoyé en amont plutôt que posé à chaud, les chiffres du client comme point de départ — un panier moyen sous le marché signale un upsell manquant — et le brief créatif qui remplace les wireframes pour arriver à la couleur plus tôt.
Publié le 14 octobre 2025

Écouter aussi sur

L'invité

Killian Le Bras et Jean-Julien Bernard

Designers chez Moon Moon et cofondateurs de superserif

superserif est un studio de design et d'expériences digitales basé à Rennes et à Nantes, fondé par Killian Le Bras et Jean-Julien Bernard.

Un designer peut ouvrir Figma et refaire un site à sa manière. Il ira vite, et il passera à côté. Cet épisode détaille la phase qui précède le premier pixel — celle qu'on abrège quand on veut « voir à quoi ça ressemble » tout de suite, et qui fait ensuite gagner bien plus de temps qu'elle n'en coûte.

1. Le questionnaire, envoyé avant la réunion

Historiquement, les questions étaient posées à chaud, en visioconférence. Elles partent désormais en amont, par écrit : une vingtaine de questions, trente à quarante-cinq minutes de travail côté client.

Le changement n'est pas cosmétique. Parler de sa marque à chaud est difficile, et l'accord poli l'emporte souvent sur la réflexion. À l'écrit, le client s'y met à plusieurs, fait remonter ses contradictions internes et les tranche avant de répondre. Les réponses sont nettement plus étoffées qu'en réunion.

Les documents qui viennent avec

Le client joint ce qu'il a déjà : des benchmarks — pas seulement des concurrents, souvent de très bons marchands d'autres secteurs — et parfois de véritables dossiers de marché, études à l'appui. Sur un projet dans l'alimentaire, trois jours ont été consacrés à cette documentation avant la moindre production graphique.

Ce que les chiffres révèlent, et que le client ignore parfois

Le questionnaire demande l'accès aux statistiques : Google Analytics, et le back-office quand il s'agit de Shopify. Le panier moyen, à lui seul, oriente le design.

Un vendeur de compléments alimentaires annonce 25 € de panier moyen quand le marché tourne autour de 40 à 50 € : il manque de l'upsell, et ses produits se vendent naturellement ensemble. Sur un autre projet, le panier moyen dépasse trente articles — une donnée qui change entièrement la conception de la page panier, et qu'on n'aurait jamais devinée en commençant par des wireframes.

2. Le brief créatif

La matière rassemblée donne un document présenté au client, plus large qu'une simple planche d'ambiance :

  • Un persona qui n'est pas que marketing : ses attentes en matière de fonctionnalités et de comportement du site.
  • Un focus sur les sujets d'expérience utilisateur repérés dans les réponses — un parcours d'achat particulier, une mécanique de lots à revoir.
  • Les fonctionnalités principales, y compris celles auxquelles le client n'avait pas pensé et qui ressortent du benchmark.
  • Une arborescence — au sens des sections qui composent chaque page, pas au sens SEO du terme. C'est là qu'un menu trop simple pour un catalogue à sous-catégories multiples se voit, et se refond.
  • Des axes graphiques, pour que le client se projette tout de suite.

Ce qui revient à chaque refonte

Trois défauts reviennent presque systématiquement sur les sites repris :

  • L'accessibilité, et d'abord la gestion des contrastes. C'est le premier bloc à traiter, à chaque fois.
  • Le mobile, sur des sites pensés à une époque où l'équilibre penchait moins de ce côté.
  • La typographie, rarement challengée : une police par défaut du thème, qu'on retrouve partout, choisie sans intention. C'est pourtant l'élément le plus structurant de ce qu'une marque donne à lire.

S'y ajoutent des mises en page qui ne respirent pas : sections trop serrées, messages qui se parasitent, information mal hiérarchisée.

Ce que la méthode change concrètement

On parle le même langage plus vite, et on arrive tôt à la couleur. Le passage par les wireframes était un temps mort : le client ne se projetait pas et attendait poliment la suite. Deux ou trois pistes franchement différentes lui sont désormais proposées, pour qu'il place ses curseurs et se positionne — plutôt que de découvrir un parti pris trop tard.

Enfin, la présentation du brief n'est pas une présentation : c'est un échange, où les sections sont discutées une par une. Sur un gros catalogue, c'est ce qui évite d'oublier l'élément très spécifique que personne n'avait mentionné.